Tous les personnages de cette fanfiction appartiennent à son auteur, Tsukasa Hôjô San.
Histoire écrite par Ginie en 2002

 

POURQUOI ?

 

Chapitre 1 :

Le vent faisait grincer les rideaux de fer. Pas un bruit, pas un mouvement, mais la tension était palpable et omniprésente. Le hangar était à demi rempli de cartons et de paquets divers, entassés dans la poussière. Kaori était sur ses gardes, près de l’entrée. Sur les recommandations de Ryô, elle surveillait les alentours.
Son partenaire se trouvait là, quelque part, tapi dans l’ombre, aux aguets. Elle le connaissait suffisamment depuis ces 7 années pour le visualiser : concentré sur les moindres faits et gestes de son ennemi, ce dernier devait sérieusement commencer à douter de sa victoire. Malgré sa peur et son angoisse, habituelles dans ces situations, un faible sourire se ficha sur ses lèvres.

Soudain, sans qu’elle puisse émettre le moindre son, une main surgit de derrière elle et se plaqua contre sa bouche. Elle se raidit instantanément, mais n’osa bouger un seul muscle quand, sur son cou, elle sentit le contact froid et extrêmement coupant d’un poignard. La lame effilée reflétait les quelques ombres et contrastes que le permettait la faible lumière, terrible jeu de lumière. Comment ? Elle n’avait pourtant pas fait de bruit, sa cachette était sûre ….
-« Je m’étonnes que tu sois la partenaire d’un homme comme Ryô Saeba »
La voix de l’homme la figea. Elle sentait son souffle sur sa nuque quand il lui murmura ces quelques mots. Il dégagea sa main de sur sa bouche et la poussant en avant, l’obligea à se mettre en mouvement.
-« Ton incapacité à être une bonne partenaire me facilite drôlement les choses ! Grâce à toi, ou plutôt , à cause de toi, Saeba est un homme mort. »
Kaori, malgré sa terreur, répliqua d’un ton acerbe, sans pour autant tourner la tête dans la direction de son agresseur :
-« Tu es fichu. Si tu crois que Ryô va se rendre à cause de moi, tu te fiches le doigts dans l’œil ! »
-« Ta gueule !! »
Une goutte de sang perla du bout de la lame, quand la main de l’homme se crispa sur son couteau affûté. La douleur fit taire immédiatement l’impétuosité de la jeune femme. Son agresseur ricana, sur de lui, il la fit s’avancer d’une bourrade. Si ce n’est la peur de se faire lacérer le cou, elle se serait sans doute affalée par terre, mais elle rétablit son équilibre, se campant sur ses deux jambes, trop fébriles à son goût.

-« Depuis le début ,tu n’es qu’une gène pour lui. Tu n’es bonne à rien. Combien de fois a-t-il du te secourir ? Tu n’as pas l’âme d’une nettoyeuse et encore moins les compétences. Tu n’es qu’un poids mort. Il te traîne depuis la mort de ton frère. S’il n’avait donné sa promesse de prendre soin de toi, il t’aurait abandonné depuis longtemps. Tu n’es même pas capable de protéger ses arrières. Par ta faute, il mourra ! »

Que ce soit un criminel qui lui ait débité ce flot de paroles, l’atteignit d’autant plus. Assommée par ce discours, elle ne s’aperçut même pas que l’homme l’avait entraînée au milieu de la pièce, où un rai de lumière essayait péniblement de percer à travers la pénombre ambiante.
-« Saeba ! Je sais que tu n’es pas loin. Tu as sûrement déjà remarqué que je n’étais pas tout seul à t’attendre. »

Ryô, dissimulé à quelques mètres d’eux, ne prit pas la peine de jeter un regard. Suivant l’intensité et le ton de cette voix, ce salopard disait vrai et il se tenait au centre du hangar, face à lui.
De sa cachette, il ne pouvait le contourner sans se mettre à découvert. Il soupira. Ce n’était pas la première fois que cette situation se produisait, et à chaque fois, grâce à la complicité qui le liait avec sa coéquipière, ils s’en étaient sorti. Ces crapules manquaient vraiment d’originalité !
Il se leva et avança d’un pas, certes prudent, mais déterminé. Quelque chose le titillait cependant, le mettait mal à l’aise. La tension qui émanait de son adversaire ne dégageait pas d’animosité meurtrière et pourtant…

-« Ahhhh ! Le voilà ! Le grand City Hunter ! »
-« Non Ryô ne t’approches pas ! »
Kaori s’affolait mais l’inconnu entravait ses mouvements.
-« Ne t’inquiètes pas Kaori. On en finit avec cette histoire et on pourra tranquillement rentrer chez nous.

Quelque chose n’allait pas….

Ryô s’approcha, l’œil fixe et attentif. Sa volonté s’effaça instantanément ,remplacée pas une surprise totale et absolue.
Kaori fut tout à coup projetée sur le côté. Ne pouvant se rattraper à un objet quelconque, elle tomba à terre lourdement. Quand elle leva la tête, ses yeux s’écarquillèrent d’étonnement. La pénombre ne protégeant plus son partenaire, elle constata avec effroi, que son visage se décomposait sous le coup d’une forte émotion. Elle le vit jeter son Magnum au sol.
-« A cause de toi Kaori, Ryô mourra. »
Ne sachant que comprendre, affolée, elle tourna la tête vers son agresseur et cria de surprise quand son regard croisa celui de son frère, Hideyuki. Soudain, une forte détonation retentit. Un bruit étouffé se fit entendre. Ryô s’effondra.
-« NOOONNNNNNN ! »
Son hurlement résonna dans les ténèbres.

 

Chapitre 2 :

Les fenêtres vibrant de par le vent glacial de ce mois de mars , Ryô n’arrivait pas à s’endormir véritablement. Somnolant, habitué à ces demi-sommeils, il sursauta quand même quand le silence fut déchiré par un hurlement terrifiant.
Kaori !
Sans se poser de questions, il sauta de son lit, ramassa au passage son magnum et d’une rapidité surprenante, il franchit les quelques mètres qui séparaient leurs 2 chambres. Il déboula, sans cérémonie, prêt à faire feu. Ne sentant aucune tension ennemie, il se décida à ranger son arme. Le lit était défait mais vide et ,quand il posa une main sur l ‘empreinte laissée par le corps de Kaori, il s’aperçut que les draps étaient chauds et légèrement humides. Que s’était-il donc passé ?
Ryô commençait à s’affoler. Un gémissement étouffé le sortit de ses interrogations, et lorsqu’il tourna la tête dans cette direction, il la trouva, dans un coin du mur, recroquevillée sur elle même, terrifiée, pleurant à chaudes larmes. Il voulut s’approcher d’elle mais se ravisa et posa d’abord son arme sur la table de chevet, craignant de la déstabiliser encore plus. Pour la mettre dans cet état, son cauchemar avait du être effroyable. Avec précaution, il s’avança, et s’agenouilla près d’elle, n’osant la brusquer, et pour tout dire, il ne savait pas du tout quel comportement adopté face à cette situation. Kaori, si fière, si courageuse, ressemblait à un petit animal apeuré, et chaque parcelle de son corps tremblait comme une feuille.
D’un doux murmure, il tenta de la rassurer :
-« Kaori ? Tout va bien, tu as fait un cauchemar, c’est fini maintenant. Ne pleures plus.»
Mais impressionnée et traumatisée par ces images trop réelles, elle ne broncha pas. Il tendit son bras et affectueusement, il lui toucha l’épaule.
-« C’est fini. »
A son contact, elle frissonna, elle sentait toute la chaleur s’insinuer dans son corps grelottant. Elle émergea doucement et quand, elle leva son visage inondé de larmes, elle croisa son regard si tendre mais néanmoins inquiet. Ryô était encore en vie ? Transporté dans un élan d’amour infini, elle s’élança vers lui. Pris au dépourvu, déstabilisé, il perdit son équilibre précaire, et il se retrouva sur le dos, une Kaori tremblante pleurant sur sa poitrine. Entre deux sanglots, elle laissa échapper ses démons :
-« Tu es vivant ….. vivant ….Pardon…..Pardon, c’est de ma ….faute. Tout est de ma faute… Je ne devrais pas rester à tes côtés…Ma faute ! » et ses pleurs redoublèrent d’intensité.
Ryô ne savait plus quoi faire. Se retrouver ainsi, étendu sur le sol, une Kaori effondrée et qui semblait si fragile à cet instant. Il n’osait prononcer un seul mot. Délicatement, il se remis en position assise et referma son étreinte autour d’elle. Peur de la brusquer, peur de la perdre, il la berça tendrement, lui murmurant quelques mots pour la réconforter.
-« Shhhhhhtttttt ! C’est fini. Tout va bien. Tu n’as plus rien à craindre. Je suis là. »
Ils restèrent ainsi quelques secondes, permettant à la jeune femme de se détendre un peu. Ses sanglots se calmèrent.

Ne supportant pas de la voir dans cet état, il était hors de question pour Ryô de la laisser seule pour le reste de la nuit. Il passa un bras sous ses jambes nues, le deuxième l’attrapa sous ses épaules, et quand il eut la certitude qu’elle était confortablement calée contre lui, il la souleva et l’emmena avec lui, dans sa chambre.
Elle ne bougea pas, toute déboussolée qu’elle était, la seule chose qui comptait était cette chaleur et ce bien-être qui s’insinuaient agréablement dans sa chair. Ses muscles se détendirent encore un peu. Ryô en fut conscient et soulagé. Faisant facilement le rapprochement entre les draps et sa chemise de nuit , il devinait aisément qu’elle avait du combattre ses démons une bonne partie de la nuit.

Du pied, il poussa la porte de sa chambre et déposa son précieux fardeau sur son lit. Lorsqu’il recula d’un pas, elle leva sur lui des yeux effrayés qui lui transperça le cœur.
-« Je reviens, ne t’inquiètes pas. Mets ça en attendant. »
Il lui tendit l’une de ses chemises qui se trouvait sur une chaise alentour et revint quelques minutes plus tard avec un grand verre d’eau fraîche…. qu’il failli lâcher quand il vit ce si beau spectacle qui le remua jusqu’aux tréfonds de ses entrailles.
Mécaniquement Kaori s’était débarassé de son pyjama et avait enfilé le vêtement que lui avait remis Ryô. Beaucoup trop grande, pour elle, elle devait lui arriver facilement jusqu’à mi-cuisse. Ramassée sur elle-même, entre l’oreiller et les draps, elle avait l’air perdue. Si innocente, si fragile et si ….si captivante. Son instinct d’homme ne pouvait que souligner les reflets de la lumière sur son épaule dénudée par l’ habit trop large, sa respiration saccadée qui faisaient mouvoir sa poitrine généreuse dont il lui semblait apercevoir la naissance au croisement des deux pans de la chemise, ses jambes fuselées ramenées vers elle ,et dont elle essayait pudiquement de cacher avec ses bras. Il déglutit avec difficulté et se rabroua mentalement de ne penser qu’à ça dans un moment pareil. Mais elle était si envoûtante et la voir sans défense était si rare, trop rare.
Il lui tendit assez maladroitement le verre d’eau et reposant son regard sur ce visage angélique , il admira ses yeux, brillants d’avoir tant pleuré.
Quand elle eut fini de boire quelques gorgées, il lui reprit le verre, effleurant au passage ses doigts, ce qui le fit tressaillir : sa main était gelée : elle devait mourir de froid. Il posa le récipient sur la petite table, et d’un mouvement rapide, il s’installa sur le lit, près d’elle. Légèrement rehaussé sur son coussin, prenant appui sur le bord du lit, il prit Kaori par l’épaule et l’attira à lui. Retrouvant cette chaleur si familière, si rassurante et si exceptionnelle , elle enfouit sa tête dans le creux de son cou et se laissa aller complètement. En sécurité, le bien-être s’empara d’elle de nouveau, et son corps enfin serein, elle se laissa emporter par le sommeil

Ryô, pourtant avide de connaître les raisons de ce traumatisme renonça à l’ interroger. Il était hors de question qu’il lui fasse revivre cette épreuve alors qu’elle s’était calmée. Il posa sa tête contre la sienne, humant le parfum de ses cheveux. Il savoura cet instant d’intime complicité, et il se détendit à son tour. Fermant les yeux, il s’endormit.

 


Chapitre 3 :

Kaori émergeait lentement, le sourire aux lèvres, encore plongée dans les délices de sa position. Confortablement installée, dans cette douce chaleur, elle s’étira comme un chat.. Sur le côté, elle tendit les bras nonchalement en avant. Puis, elle se mit sur le dos, et ouvrit légèrement les yeux. Consciente qu’elle n’avait pas aussi bien dormi depuis longtemps, elle mit du temps à se rendre compte du poids sur son ventre.

Ryô, sentant sa partenaire bouger, s’éveilla et grogna quand le corps de celle-ci, qui épousait parfaitement le sien, se mit à se mouvoir. Son bras, reposant sur sa taille, ne bougea pourtant pas, goûtant inconsciemment à cette délicieuse promiscuité. -« Bonjour ma belle » murmura-t-il d’une voix encore ensommeillée.
-« Mmmmm….. Bonjour Ryô »
Kaori se lova contre lui, sa tête reposant dans le creux de son épaule.

Mais cet instant privilégié ne dura pas plus de quelques secondes, chacun se rendant compte de cette situation. Ils ouvrirent grand les yeux et se regardèrent aussi étonnés l’un comme l’autre.
Ryô se souvenait des événements de cette nuit agitée mais Kaori ? D’après son regard reflétant toute sa surprise, il en doutait et involontairement il fit la moue.
Il n’en fallut pas plus à celle-ci pour se réveiller totalement, et elle réalisa soudain où elle était. Elle fit un brusque écart, essayant de reculer dans un coin du lit.
-« Qu’est-ce que … ? »
Prenant conscience de sa tenue légère , elle sentit la confusion s’emparer d’elle et ramena d’un coup sec la couette vers elle. Sa gêne se changeait progressivement en colère.
-« Ryô ! Qu’est-ce que tu m’a fait cette nuit ? »
-« … Même le réveil est brutal avec toi ! »
Comme d’habitude, Ryô, voulant dédramatiser la situation essayait de plaisanter, mais Kaori, en ayant tiré la couverture, s’aperçut que Ryô, était *en pleine forme*…. Cette érection matinale, la fit sortir de ses gonds. Sortant sa massue « Obsédé Cuvée Millénium Spéciale », elle l’abattit sur la tête de son partenaire hébété, et sortit de la chambre, rouge de confusion. Habitué au fait, il ne broncha pas mais grommela qu’elle pourrait au moins attendre des explications avant de se mettre dans tous ses états. Mais un franc sourire illumina son visage, il avait si bien dormi dans ses bras, et le spectacle d’une Kaori à demi-réveillée l’avait subjugué.

Kaori n’y comprenait rien. Terriblement gênée, elle se réfugia dans sa chambre et vit que son lit était bizarrement en désordre. Elle sursauta. Cette nuit. Ce cauchemar. Avait-elle hurlé ? Ryô était venu la chercher ?
Oui, elle s’en souvenait à présent. Il l’avait prise dans ses bras et emmener jusqu’à sa chambre tellement elle avait eu peur. A ses souvenir un petit sourire malicieux apparut. Mais il s’évanouit bien vite quand toutes les images de son rêve lui revint en mémoire. Hideyuki ! La mort de Ryô ! Toutes ces paroles sur son incompétence ! Elle saisit la photo de son frère et la serra sur son cœur.
Que voulait dire ce rêve ?…. Elle soupira. Pas besoin d’être psychologue pour le deviner. Rien n’allait comme elle le voulait. Ryô risquait sa vie bien trop souvent pour elle et la perdrait certainement un jour si ça continuait ainsi. Elle s’était imposée dans sa vie, à 2 reprises même : lors de la mort tragique de Makimura et face au Renard d’Argent. De peur de faire défaut à la promesse qu’il avait faite à son frangin, Ryô l’avait gardée près de lui. C’est ce que Mick lui avait dit, et même Ryô lui avait avoué. Et même si maintenant, elle savait pourquoi il avait trafiqué son arme, elle n’était même pas capable de le protéger.. même dans un simple rêve.
Et lui qui l’avait consolée cette nuit ! Comment avait-elle réagi ? Comme d’habitude, elle ne contrôlait rien en ces instants et la seule chose dont elle pouvait faire preuve, c’était de violence. Il n’en fallut pas plus à Kaori pour recommencer à se poser des tas de questions sur son utilité. Elle était une charge pour Ryô, elle ne savait même pas faire la différence quand il manifestait de la gentillesse. Honteuse, elle décida de s’excuser. Elle enfila rapidement un jean et sortit de sa chambre.

Elle risqua un coup d’œil furtif dans l’embrasure de la porte de sa chambre restée ouverte. Si sa massue traînait encore à terre, Ryô avait tiré la couverture à lui, et semblait s’être rendormi. Elle s’approcha doucement , le hélant d’une voix hésitante.
-« Ryô ? Tu dors ? »
- ….
-« Ryô…Je….je suis désolée, je me rappelles maintenant et …. »
Ryô bougonna, murmura des choses incompréhensibles, mais ne broncha pas d’un centimètre. Embarrassé, il n’osait l’affronter. Elle avait du faire un énorme effort pour qu’elle revienne s’excuser. Il prit le parti, encore, de fuir ce moment embarrassant..

Kaori se pencha, comprenant qu’il avait du finalement se rendormir. L’homme qui, une seconde avant, ronflait bruyamment, lui empoigna le bras et l’attira vers lui. Perdant l’équilibre, surprise, elle s’affala sur le lit à côté de lui. Et avant qu’elle ne se rendit compte de la situation, Ryô était déjà sur elle, tentant de l’embrasser.
La jeune femme ne réagit pas immédiatement. Voir, sentir cet homme, son homme, d’aussi près, elle perdit quelque peu, la notion du où et du comment. Lorsqu’elle sentit le souffle de son partenaire sur ses lèvres, elle repensa à cette nuit.
-« Mmmmmm….Saeko !!! Viens voir Papa !! »
-« Qu…Quoi !!!!!?????? »
Kaori sortit immédiatement de sa léthargie et du même coup, sa massue spéciale « Crétin pour l’éternité ».
-« Ah Ouais !?? Viens voir Papa hein ? Et celle-la, tu la vois ? »
La massue fut projetée avec toute la force dont elle était capable.

Quand elle sortit de la chambre, claquant la porte furieuse, Ryô ne souriait plus. Il ouvrit un œil…enfin essaya. L’hématome commençait juste à se résorber. Elle avait frapper fort là ! Il se redressa dans son lit, l’éclat de ses yeux reflétait de la tristesse. D’ordinaire, tous les matins, il savait qu’elle entrerait sans sa chambre, et qu’elle essayerait de le réveiller. Tous les matins, il voulait que ce fut ainsi. Il voulait apprécier le moment où elle posait son regard sur lui. Il voulait toujours sentir ses yeux irrésistibles l’observer, avant qu’elle ne commence à se mettre en colère. C’était si simple de la provoquer.
Pauvre Kaori, il lui menait la vie dure, et pourtant ce matin, avant qu’il ne la mette en colère….
Il se martela le crâne de ses deux poings. Arrrr !!!! Quel idiot ! Pourquoi avait-il réagi ainsi ? Il aurait au moins pu être gentil avec elle après tout ce qu’elle avait enduré cette nuit ?
Penser au mal qu’il lui faisait quotidiennement le rendait malheureux. Lui, City Hunter, nettoyeur, professionnel, menait l’affaire qui lui tenait le plus à cœur, d’une façon si minable. Lui qui se devait de protéger ses clients, il n’était même pas capable d’honorer ce qui comptait le plus dans sa vie.
Il fallait qu’il y mette un terme, ça ne pouvait continuer éternellement. Ô, il essayait, si, si…. A sa façon, comme ce matin.
En pensant à leur complicité de ce début de journée, sa bonne humeur revint de façon instantanée. Il aimait sentir Kaori contre lui et il avait entraperçu ce que pourrait être le bonheur d’officialiser son union avec elle. Mais après tout ce qui s’étaient passé entre eux depuis tout ce temps, après sa quasi-déclaration de l’autre jour devant le général, il n’avait finalement rien fait d’autres pour clarifier la situation. Ce besoin de l’avoir à ses côtés, de la connaître encore plus et de partager d’avantage le perturbait. Il lui était de plus en plus difficile de se contrôler en sa présence, et ça le terrifiait. Rien à voir avec les autres filles.
Il ne vivait que par instinct, surtout sexuel, mais il ne pouvait agir de cette sorte avec cette femme. Elle était trop …. Pure.
Evidemment, vu qu’il ne ressentait rien de tout cela envers toutes les autres filles, il lui arrivait fréquemment de saluer ces jolies dames, de les saluer d’un petit coucou. Ce qui rendait Kaori folle furieuse. Et il s’en amusait. La sentir jalouse lui prouvait qu’elle était encore avec lui. Mais ces incessantes disputes , qui d’ordinaire le ravissaient, le contrariaient de plus en plus

Bon, mon petit Ryô, courage !
Il se leva, avec la ferme intention de s’excuser et de mettre un terme à tout ça. Mais quand il la rejoignit , quelques temps plus tard, malgré la bonne odeur du café fraîchement moulu qui flottait dans la cuisine, il la trouva déjà prête à sortir.
-« Kaori ? Tu sors ? »
-« Il faut bien voir s’il y a du travail ! Tu deviens de plus en plus paresseux et notre compte en banque est dans le rouge ! »
Ouhla, terrain dangereux ! Kaori était encore furieuse, mais quand elle ouvrit la porte d’entrée, il lui lança cependant une vague excuse pour ce matin, comme quoi il était naturel pour les hommes de se réveiller en position *Mokkori.*
Sans tourner la tête, désireuse, comme Ryô, de ne pas envenimer la situation, et lui en voulant encore, elle répondit :
-« Moi aussi je suis désolée. N’en parlons plus » et elle sortit, direction la gare de Shinjuku.

 


Chapitre 4:

-« Quel idiot ! Il ne comprend décidément rien ! »
Kaori, la tête basse, était encore en colère contre Ryô. Enfin, …, plus en colère contre elle-même en fait. Si elle était honnête, elle devait bien admettre qu’elle avait exagéré. Mais Ryô la mettait tellement hors d’elle avec ses manières d’obsédé. Il ne comprendrait jamais rien. Et il était hors de question de faire le premier pas !

Au souvenir de ce petit matin, Kaori se mit à rougir intensément, les mains dans les poches, elle arpentait à grands pas, comme tous les jours, le hall de la gare, et se dirigeait du côté Est pour vérifier le tableau à messages.
-« Mon Dieu ! Faites qu’il y ait un message aujourd’hui ! Un travail ! N’importe quoi !! »
Elle marcha encore, la tête envahie par ses pensées, elle n’avait pas trop le moral. Pourquoi ? Pourquoi restait-elle avec lui ? Elle ne servait pas à grand chose dans son métier, il fallait bien l’avouer. Elle l’aimait mais pourrait-elle continuer ainsi longtemps ? Après 7 ans, que pouvait-elle espérer de plus ? Elle ne savait jamais ce qu’il ressentait exactement. Elle se doutait qu’il tenait un peu à elle mais ses manières de la considérer comme un garçon manqué, de ne jamais la traiter comme une femme à part entière. Pourtant quand ils étaient sorti ensemble, grâce à Eriko, ils avaient passé de merveilleux moments ensemble et il avait toujours été là pour elle. Elle le savait, elle pourrait toujours compter sur lui, mais elle voulait plus. Et lui, pouvait-il le lui donner ? Etait-elle égoïste à ce point là ? Elle était peut être de trop finalement… Tout en marchant ainsi, perdue dans ses rêveries, Kaori n’avait pas entendu celle qui la hélait depuis 10 minutes au moins. Une jeune femme ravissante la suivait en remuant les mains désespérément, essayant de la rattraper. Eriko retint par la manche son amie d’enfance. Son grand sourire s’estompa de suite, quand elle vit la petite larme couler sur la joue de Kaori.
-« C’est encore à cause de lui , hein ? »
Ses idées s’enfuirent aussitôt, Kaori regarda avec étonnement Eriko
-« Oh Eriko ! je suis contente de te voir. Comment vas-tu ? » dit-elle avec un franc sourire.
-« Kaori….. » Eriko, pris la jeune femme dans ses bras.
-« Eriko, il y a un problème ? Eriko ? »
Kaori ne comprenait pas l’attitude de son amie, elle ne s’était même pas aperçu qu’elle pleurait.
-« Moi, je vais bien, mais toi ?
-« Bien sur , Kaori ne mentait qu’à moitié finalement…, Et toi , qu’est-ce que tu fais là ? »
-« Je n’arrivais pas à te joindre au téléphone hier soir alors je me suis dit qu’il serait plus simple de venir directement ici » , ajouta Eriko avec un petit clin d’œil décidant de ne pas s’attarder sur l’état actuel de Kaori.
-« Comment ça, mais personne n’a appelé hier, la ligne ne devait pas être occupée … à moins que …. »
Kaori fronça les sourcils. Ryô !!! Se pourrait-il qu’il ait passé sa soirée à téléphoner sur la ligne rose ? Non !! ….
-« Kaori, ça va ? »
-« Oui, oui, excuse-moi….. Elle s’expliquerait avec Ryô plus tard . Pourquoi voulais-tu me voir ? Tu as un problème ? »
-« Non pas du tout. Tout va bien . Je voulais juste me promener et parler avec toi, c’est tout »

Les deux jeunes femmes, après qu’Eriko ait perdu la bataille d’emmener Kaori directement boire un verre, sans passer regarder le tableau des messages, vierge bien entendu , sortirent enfin de la gare, et s’arrêtèrent à une terrasse d’un café. L’ancienne camarade de classe de Kaori était devenu styliste, et avait déjà essayé de changer un peu son amie, essayé de comprendre et de l’aider dans sa relation compliquée qui l’unissait avec cet étrange individu qu’était City Hunter. Elle était contente d’avoir trouvé Kaori, elle allait s’occuper d’elle, elle en avait bien besoin.
-« Kaori, je t’emmènes au nouveau centre commercial, ça nous changera les idées »
-« Désolée, Eriko, mais tu sais, on a pas eu de travail depuis 2 mois, et question finances…. »
C’était trop pour Eriko :
-« Kaori ! Va falloir que tu te réveilles. Tu habites avec cet homme, tu fais le ménage, les courses, la nourriture. De plus tu t’occupes de trouver du travail pour lui. Maintenant, tu me dis que vous partagez aussi les finances ! Vous vivez en commun comme mari et femme, mais Ryô est un obsédé et un coureur de jupon. Tu lui donnes tout, mais qu’as-tu en échange, toi ? »
Kaori fut abasourdie, elle voulut répliquer mais Eriko ne lui laissât pas le temps.
-« Tu aimes cet homme, c’est indéniable. Mais ce n’est pas en restant avec lui que tu seras heureuse. Tu es en train de gâcher ta vie. »
-« Mais Ryô est toujours là pour moi !! » s’excusa Kaori
-« Evidement, il est bien obligé de prendre soin de toi, de te protéger, tu es sa partenaire, non ? »
Eriko ne put s’empêcher de prononcer le dernier mot de façon ironique. Elle était en colère contre cet homme. Il rendait Kaori malheureuse, et bien qu’elle connaissait leurs sentiments réciproques, elle valait beaucoup mieux. Elle la connaissait. Elle savait qu’elle la plongeait dans un profond désarroi en lui disant tout ça, mais il fallait qu’elle comprenne.
-« Vous habitez ensemble. Pour lui, ne pas savoir protéger sa propre partenaire serait quand même le comble pour ce nettoyeur hors-pair. Bonjour la publicité !!! »
La voix d’ Eriko se fit plus douce et compatissante et rajouta :
-« Je te parle de sentiment Kaori. Tu penses être heureuse en restant auprès de lui, mais tu te trompes. Ce n’est pas ça le bonheur. Il ne faut pas seulement donner. Il faut partager…. »
Cela fit l’effet de la plus douloureuse claque. Que se passait-il aujourd’hui ? Pourquoi tout la ramenait à ça ?
Les larmes montèrent en cascade et Kaori s’effondra, la tête vide.

Le garçon de café s’approcha et demanda si tout allait bien. Voyant l’énorme marteau « Cadeau de Kaori » que brandissait Eriko, cela mis fin à sa brusque intervention, et le serveur détala, en criant au fou.
Eriko se pencha sur Kaori et lui murmura :
-« Cette décision, toi seule peut la prendre. Tu peux décider de rester en sa compagnie. Ce sera ton choix et tu l’assumeras.
Seulement, jusqu’à présent, tu n’avais pas assez d’arguments pour répondre à toutes tes questions. Il fallait que je te donne l’autre version des faits pour que tu réagisses. Ne le prends pas mal. Excuse ma franchise. Je n’ai pas réussi à te dire ça avec finesse car je t’aime trop pour te laisser dans cet état. Prends ton temps, ta décision ne sera que meilleure, mais réagit Kaori ! »

Celle-ci se redressa à ces paroles. Elle passa d’un état de confusion totale à une bénéfique sérénité. Elle avait l ‘impression d’avoir la tête froide, et cela ne lui était pas arrivée depuis longtemps. Tout était simple finalement, elle avait tous les éléments en main.
Jusqu’à présent, elle était effrayée par cette situation, elle ne savait que faire, il fallait se rendre à l’évidence.
Le plus terrible : l’espoir que ce soit lui qui change cette situation, mais apparemment, il ne le ferait jamais. Ce matin avait été une bonne occasion et pourtant…. C’était à elle de réagir, de se prendre en main…. Maintenant. Kaori sourit à sa meilleure amie -« Merci ». Eriko lui prit la main et l’emmena gaiement faire les boutiques.

 

Chapitre 5 :

Ryô, seul à seul avec toutes ces pensées qui voletaient dans sa tête, décida de sortir lui aussi et de se rendre au Cats’Eye, boire un autre petit café. Lorsqu’il y rentra, tout ce à quoi il pensait fut balayé et fit place à une froideur calculée. Ryô sortit son Python et se lança en avant. Une silhouette, haute de 2 mètres, imposante, énorme dans son minuscule tablier, tenait en joue, un homme mort de peur.
-« Falcon, que se passe-t-il ? »
-« Oh Ryô ! , Miki, le rejoignit en courant, essayes de le raisonner ! Elle désigna le pauvre individu effrayé, agenouillé contre le mur. Il m’a dragué assez ouvertement, et Falcon s’est mis en colère, je n’arrives pas à le calmer. »

Ryô, sérieux, eut un regard dur, sans ambiguïtés possibles. Il baissa la tête et commença à marmonner. Tout d’un coup, il bondit sur Miki, les doigts s’agitant frénétiquement en tout sens, la figure décomposée en un visage de pervers lubrique.
-« Je peux alors en profiiiiiiiiiiiiiiiter » hurla-t-il.
Lorsqu’il sentit le canon du lance-grenades d’ Umibozu alias Falcon, sur sa tempe, Ryô s’arrêta net dans son élan, et rangea son coucou.
L’homme apeuré, bondit vers la sortie, et cavala comme un perdu
-« J’en ai encore sauvé un aujourd’hui »
Ryô, redevenu sérieux, dévia le canon hors de son visage, et appuya sur le nez de Falcon en chantonnant
-« Je t’ai eu ! »
Falcon, grogna et rangea son arme -« Crétin ! »

Saeko entra dans le café. Elle tenait une pochette dans ses mains, et s’avança, sur d’elle, jusqu’au comptoir. Elle s’assit, à côté d’un Ryô jouant avec des pailles, et glissa la pochette devant son nez.
-« Hé !! Fais attention ! J’avais réussi à me mettre 3 pailles dans le nez !! »
-« Regardes ça Ryô ! »
Attentif au regard sérieux de Saeko, Ryô ouvrit l’enveloppe et en sorti une photo.
-« Wouaawwwwww »
Ryô manqua de s’étouffer
-« Arrête de baver sur ma photo !! »
-« Qui est cette femme superbe qui n’attend que moi pour trouver le bonheur ? »
Saeko soupira, exaspérée.
-« Sofia Stone, richissime américaine, présidente de l’une des agences de mannequins les plus réputées au niveau internationale. Elle nous a contacté dernièrement, car elle a reçu des lettres de menaces au sujet d’un contrat qu’elle, et son mannequin fétiche doit signer au cours d’une soirée grand standing. Malheureusement, nous n’avons aucune preuve pour inculper qui que ce soit, et pas assez de personnel qualifié pour ce travail. Cette soirée est l’une des plus appréciées des hommes d’affaires de pays différents, et cela doit être fait dans la plus grande discrétion.
J’ai donc pensé à toi. » rajouta Saeko, d’un air malicieux.
-« Où est le piège dans tout ça ? » se renfrogna Ryô
-« Tu me déçois beaucoup ! C’est vrai que je n’ai pas été très gentille parfois mais je me suis dit que je pourrais me faire pardonner en te présentant Sofia »
-« mmmmm…. Que devrais-je faire ? »
-« Juste être son garde du corps , à elle et son mannequin, pour cette soirée, pour qu’elle puisse signer son contrat en toute confiance. »
-« Pas d’arnaques ? »
Ryô approcha son visage suspicieux près de Saeko qui lui répondit , 2 doigts levés en signe de V, innocente.
-« Tu peux me faire confiance…..Bien entendu, vue que je te présentes à cette femme, il me semble logique que tu retires un coup de ma dette »
-« Il n’en est pas question !!!! » et il déballa une liste d’une dizaine de promesses de coups avec elle !
-« Allons, Ryô, regarde la bien »
Elle ficha la photo sous son nez, et la partie inférieure de Ryô répondit à sa place ….
-« Cette superbe créature ! Rien que pour moi !! Si je réussis à me débarrasser de Kaori …. mais c’est génial !! »

Falcon, Miki et Saeko en tombèrent à la renverse. Sonnés, tous voyaient les libellules danser. Ryô, arborant un horrible sourire satisfait, sauta gaiement jusqu’à la porte d’entrée
–« Libre !!! Je vais être libre !!! »
Un hachoir le planta net, face contre la porte. Falcon le traita de tous les noms
–« Crétin ! Idiot ! Imbécile ! tu ne penses donc qu’à toi ?? »
Ryô se détacha et ouvrit la porte. Avant de partir, il les regarda tous, le plus sérieusement du monde, expression jurant avec son air décontracté qu’il arborait jusque là. –« Non pas toujours… »
Falcon le considéra gravement quelques secondes, puis l’ignorant complètement il retourna à sa vaisselle.

Saeko se leva
-« Bon et bien, je penses que cela veut dire qu’il accepte cette affaire. Je vous laisse, je dois retourner au commissariat. Au revoir Miki, Falcon » et elle partit.

Miki, seule avec son compagnon, s’approcha de lui
-« Promets moi… »
-« Oui ? » Falcon se tourna vers elle.
-« Promets moi, Falcon, si tu m’aimes, de ne jamais faire comme lui »
Umibozu sentit la fumée s’échapper de son crâne. Il se détourna vivement non sans ajouter -« Bien sur que non »
Miki s’adossa à son bras, les yeux fermés, le sourire aux lèvres.


Les mains dans les poches, pensant aux nombres de coups qu’il pourrait avoir en guise remerciements, Ryô marcha quelques temps avant de tomber, en chemin sur Eriko. Avant même d’avoir eu le temps de sourire niaisement à la vue des formes généreuses que lui offrait cette charmante jeune femme, il sentit la gifle. Eriko, droite, sérieuse,…. terriblement sérieuse, trop pour une question de mains baladeuses. Il la regarda droit dans les yeux attendant la suite. Un moment de grave tension passa entre eux, et Ryô eut peur. Quelque chose n’allait pas.
-« Si tu la respectes un peu, libère-la ! »
Et Eriko s’en alla, le plantant là. Abasourdi, il regarda ce petit bout de femme déterminée, l’amie de Kaori qui l’avait giflé de manière provocatrice, alors qu’elle savait très bien qui il était. Bien sûr il ne lui aurait jamais fait de mal, mais elle avait l’air d’être extrêmement en colère contre lui. Et ce qu’elle a dit. De quoi parle-t-elle ? Ryô sentit en lui, une alarme se déclencher…..Kaori…….

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